Est-il normal de douter de ses capacités à enseigner ?

Crayons et cahier

Est-il normal de douter de ses capacités à enseigner ?

Vous avez débuté dans l’enseignement il y a peu de temps. Le moins qu’on puisse dire c’est que ce n’est pas facile tous les jours. Vous allez de désillusions en désillusions et vous allez jusqu’à vous demander parfois si vous n’allez pas jeter l’éponge… Rassurez-vous, c’est normal de douter de ses capacités à enseigner lorsqu’on débute. Les premiers temps sont particulièrement difficiles. Je précise qu’à tous les stades de la carrière, les doutes surviennent. Cela fait partie du métier. Il va falloir les accepter et tenter de mettre en place des astuces pour qu’ils ne deviennent pas envahissants.

La remise en question engendre les doutes sur les capacités à enseigner

Douter de ses capacités à enseigner est très courant chez les jeunes collègues. Si c’est ce que vous ressentez parfois, sachez que ça n’arrive pas seulement aux jeunes enseignants. Je vous livre mon avis sur la question, mais encore une fois, ce n’est que ma vision des choses.

Le principe de réalité fragilise la motivation du début

Le jeune enseignant a souvent une idée préconçue du métier. Avant de vivre vous-même l’expérience de vous adresser à une classe, vous vous êtes fabriqué l’image d’un enseignant idéal, très investi et efficace. Vous vous êtes représenté face à une classe agréable avec qui vous avez réussi à établir une relation de confiance. 

Vous avez imaginé que vos cours se dérouleraient dans une atmosphère sereine et que tout ce petit monde vivrait les heures de cours dans le respect

Seulement, les premiers mois, voire les premières années ne se passent pas toujours comme on l’avait envisagé.

L’enseignant débutant, qu’il soit jeune ou moins jeune d’ailleurs, va vivre ce que l’on appelle le principe de réalité. Il confronte son imaginaire, ce qu’il avait fantasmé, à la réalité du terrain.

Le décalage est tel, parfois, que l’expérience peut être violente pour certains collègues. Le fossé est si grand entre le rêve et le terrain, que le professeur fraîchement en poste avec des classes compliquées est complètement déstabilisé.

Bon, je viens de faire un état des lieux assez pessimiste de ce que vous vivez. Lorsqu’on a le nez dans le guidon comme on dit, on voit les choses en noir. Et puis quand un cours se passe mal avec une classe, on prend l’échec personnellement. On n’a pas assez de recul pour bien analyser ce qui n’a pas bien fonctionné.

Et surtout, on ne prend pas le temps de se poser pour y réfléchir. Il faut préparer les cours suivants encore et encore.

La possibilité de pouvoir prendre le temps nécessaire pour analyser sa pratique dépend fortement des conditions dans lesquelles on commence dans la profession. La voie d’accès au métier n’est pas anodine.

Il faut se laisser le temps d’apprendre à enseigner

Plusieurs cas de figure existent parmi les nouveaux professeurs. Je dirais qu’il y a deux grandes catégories. Ceux qui passent par l’INSPE, ils ont le concours, et les autres. Ces derniers ont mis un pied dans la porte et s’invitent sans être passé par le centre de formation… . Je caricature juste un peu… .

Les contractuels seront remplaçants non titulaires. Ils prendront en charge des classes sans formation. Le remplacement au pied levé est monnaie courante dans leur parcours.

Pour les néo-titulaires, des dispositifs de préprofessionnalisation ont été mis en place dans le parcours MEEF. Les modalités de prise de fonction ne sont pas évidentes pour autant. Depuis quelque temps, on voit des néo-titulaires à plein temps !

Quelle que soit la voie d’accès dans le métier, le nouvel enseignant est jeté dans « la fosse aux lions » avec peu ou pas assez de préparation.

Concours ou pas, les difficultés sont les mêmes pour tout le monde. Les lauréats du concours ont un peu d’avance, et encore… La vérité c’est qu’il va falloir du temps pour être à l’aise et en confiance dans le métier

Après tout, c’est comme ça dans beaucoup de professions, me direz-vous. Oui, mais le souci c’est que l’enseignant a le chic pour se mettre une énorme pression lorsqu’il commence. Sa charge mentale est énorme !

Ce qu’il faut se répéter au début, c’est que le contenu de notre enseignement est (forcément) imparfait. Certains de nos cours ne sont pas terribles, on s’en aperçoit après coup, avec l’expérience. Plusieurs raisons peuvent expliquer l’échec (relatif) d’un cours :

  • On s’est planté dans nos objectifs ;
  • Les activités proposées étaient trop compliquées, trop longues ; 
  • On n’a pas su gérer l’excitation des élèves et la mise au travail a été laborieuse ;
  • On n’a pas géré le temps ;
  • Etc.

Toutes les raisons que j’évoque, et il en existe d’autres, tous les enseignants les connaissent.

Dites-vous que ces mini expériences malheureuses sont en fait très formatrices. Vous en tirerez un bénéfice plus tard, quand vous referez le même type de cours. La somme des petits échecs constitue ce qu’il ne faut pas faire. C’est en expérimentant les choses (bonnes ou mauvaises) qu’on en mesure l’efficacité.

Il faut bien avoir en tête qu’il y a de fortes chances pour que vous viviez souvent des déconvenues au début de votre carrière. C’est normal parce que vous êtes en apprentissage. Quand on vient d’avoir son permis de conduire, on n’est pas encore confiant parce qu’on ne conduit pas encore très bien. Cela vient avec la pratique !

Le manque de confiance en soi peut être source de mal être et entrainer le doute sur ses capacités a enseigner

Un professeur débutant connaît de nombreuses difficultés. Temps de préparation énorme, corrections multiples, réunions régulières et interminables… .

Pour toutes ces tâches, vous pouvez manquer de repères et de recul. Dans le meilleur des cas, votre tuteur ou un collègue vous prodiguera des conseils qui vous feront gagner du temps à tous les niveaux. 

L’accumulation des difficultés et le manque d’accompagnement peuvent provoquer un manque de confiance en vous. Cela aura des répercussions sur votre façon d’enseigner. Pour éviter de trop douter de ses capacités à enseigner et d’être fragilisé, il faut parler. 

J’ai consacré souvent beaucoup d’heures de travail pour peu de résultats. J’ai connu de grandes déceptions. C’est difficile à vivre d’autant plus si cela dure plusieurs mois. Lorsque vous discutez avec vos collègues, vous vous rendez compte qu’ils connaissent ou ont connu les mêmes problématiques. Cela fait du bien de voir que les autres vivent la même chose et ça enlève les doutes et les complexes inutiles.

L’amertume peut être grande si vous confondez « savoir » et « transmettre ». L’enjeu pour un professeur n’est pas tant de donner du savoir que d’être en capacité de transmettre. Votre bagage scientifique concernant votre discipline est sans doute très conséquent. Cependant, ce qu’on vous demande avant tout, c’est d’être en capacité de mettre l’élève dans une position d’apprenant. Vous devez lui transmettre des clés pour apprendre.

Ce savoir-faire s’acquiert principalement au contact des élèves, de façon concrète, avec la classe que vous mettez au travail. Donc inévitablement, vous serez sans cesse en train de tester vos idées. Il y aura du positif et du négatif. Vous garderez ce qui fonctionne et abandonnerez ce qui n’est pas concluant. Peu à peu vous affinerez votre stratégie de gestion de classe.

Le paramètre temps est vraiment important. Vous serez beaucoup plus à l’aise les mois passant et avec l’expérience. Ne ressassez pas. Ce qui n’a pas marché est derrière vous. Si vous refaites le film en boucle, cela va vous fatiguer et vous manquerez d’énergie. 

Ce que vous devez retenir c’est que douter de ses capacités à enseigner est normal. Si vous vous posez cette question, c’est que vous savez vous remettre en question. C’est une qualité nécessaire chez l’enseignant. Accrochez-vous si vous aimez enseigner. Persévérez et poursuivez vos expérimentations au sein de vos classes. Tout sera plus facile avec le temps.

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